S’exprimer, un défi pour les enfants autistes

Il n’est pas aisé d’expliquer à Emma 6 ans qu’en se montrant agressive envers sa maman, en lui tirant les cheveux, Camille exprime son envie d’être avec Stéphanie. Ou de comprendre que la faim peut provoquer une crise chez Alexandre. Les comportements des enfants autistes doivent être expliqués à nos abeilles. Ce qui n’est pas toujours évident.

Excitée par la rencontre du 10 juin, Camille était une vraie tornade. Si elle ne parle pas, elle essaie de se faire comprendre en plongeant son regard dans le nôtre, en attrapant notre main… Mais aussi en tirant les cheveux et en poussant. Des gestes qui sont plus difficiles à interpréter et un comportement qui n’est pas toujours du goût des autres enfants. Ni des parents.

P1070522

Ce jour, l’attention est partagée entre notre apiculteur Frédéric de Bizbiz & Co, qui organise une dégustation de miel, et Camille. La fillette est électrique, elle semble impatiente, interpelle tout le monde. Elle a très envie de quelque chose… Mais quoi ? D’elle-même, elle va chercher son classeur de commentaires et crée la phrase « je veux marcher avec la fille ». La fille c’est Léa, en l’occurrence. Mais Camille veut également que sa mère prenne des photos, d’elle avec Léa, avec Stéphanie. Au passage, elle vole un bisou à Evan qui reste quelque peu médusé. Et en partant, elle veut absolument aller voir Stéphanie… Et lui tirer les cheveux. Un geste perçu par Emma comme une agression envers sa maman.

Ce comportement qui effraie, désarçonne… Virginie l’explique :

« La personne a quelque chose à exprimer, à indiquer. Le trouble du comportement est peut-être le seul moyen à sa disposition pour exprimer qu’elle veut partir. C’est ce qui est arrivé pour Camille ce mercredi précis. Les périodes de transition d’un lieu à l’autre (départ, arrivée) sont particulièrement difficiles pour elle actuellement. Camille n’a pas la notion de durée: en cela, j’amène chaque mercredi un emploi du temps visuel où est indiqué le déroulement des activités : je prends la voiture, je vais au jardin, je vois les abeilles et la ruche, on regarde les fleurs, je bois un jus, on rentre à la maison. Cet emploi du temps lui permet de se structurer et d’avoir une visibilité sur ce qui va se passer. Ce jour précis, nous nous apprêtions à partir mais les au revoir duraient, certaines familles étaient présentes, d’autres étaient parties et ce n’étaient pas les mêmes qu’à l’accoutumée. Soudain, une maman, à côté de Camille, a haussé la voix en m’indiquant que j’avais oublié le foulard de Camille. Cela a été le déclencheur pour Camille qui était déjà sous tension depuis le début de la matinée. »

Elle poursuit.

« Les limites de la communication sont au cœur des problèmes de comportement et recouvrent de nombreuses difficultés: absence de compréhension des situations sociales, distorsions sensorielles, difficulté à appréhender la durée et à tolérer les transitions, besoin de prévisibilité, ennui, douleur…Le point commun à toutes les situations est qu’elles génèrent de la frustration et de l’angoisse et que la personne avec autisme ne sait pas demander de l’aide. La demande d’aide fera, par exemple, partie intégrante d’un apprentissage. »

Dans un livret qu’elle a réalisé à destination des correspondants de sa fille, Virginie explique bien ses comportements :

« J’aime être avec les autres et au centre des regards, mais je ne sais pas comment m’y prendre et suis souvent maladroite pour entrer en relation avec les autres. Je touche beaucoup les cheveux ou je m’approche vite, crie, je peux faire peur, alors que je suis contente ou que j’essaie d’exprimer quelque chose. »

Nous apprenons avec nos petites coccinelles, qu’en présence d’une personne avec autisme, il est nécessaire d’aller au-delà de la partie émergée de l’iceberg.

C’est ce que semble faire Léa. Pourtant, ce mercredi, elle n’a pas été épargnée par sa camarade. Camille et Léa se sont retrouvées à plusieurs reprises à terre à la suite d’embrassades ou de câlins de Camille. A plusieurs reprises, Léa a indiqué à Camille « pas par terre » pour faire comprendre à son amie qu’elle ne souhaitait plus être poussée au sol. Une répétition qui a fait réagir Virginie, la maman de Camille : « il me faut le picto « pas par terre ! » »

Comment faire comprendre cela aux autres enfants ? Comment peuvent-ils entendre que ce qu’ils n’ont pas le droit faire – crier, tirer les cheveux, taper – les enfants autistes le font juste parce qu’ils sont contents, tristes, angoissés, frustrés… Et peut-on contraindre la petite fille à rester calme et l’empêcher d’exprimer ce qu’elle ressent pour protéger les autres, alors que chaque jour, sa famille et les intervenants qui l’accompagnent l’encouragent justement dans cet apprentissage ?

Frédéric Philibert, réalisateur de films d’animation a réalisé ce court-métrage qui explique très bien l’autisme.

Publicités
Cet article a été publié dans L'autisme au quotidien, Rencontres. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour S’exprimer, un défi pour les enfants autistes

  1. Ce film est émouvant et explique bien l’enfant autiste; la narratrice est adorable et le petit frère est important. Bravo au réalisateur

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s