Le 1er avril, un poisson s’invite parmi les coccinelles et les abeilles

Evan, Romane et leur réalisation.

 

Lors de la dernière rencontre, à peine arrivée, Romane se précipite sur Alexandre pour lui offrir son dessin : un poisson qu’elle a réalisé pour son « binôme ». C’est là qu’elle se rend compte que ce n’est pas évident de lui faire un cadeau. Il a fallu lui courir après, mais, persévérante, la petite fille a fini par parvenir à lui donner son petit poisson multicolore (1er avril oblige).

La course aux écrous

Passé le temps des retrouvailles, il a fallu se mettre au travail. Et ce mercredi, c’était Michel qui animait la séance, le grand-père de Jérémy. Muni de marteaux, d’écrous, de tiges en métal et de planches en bois, il est venu nous apprendre à fabriquer des abris pour les abeilles. Une activité qui a tenu en haleine nos coccinelles et nos abeilles et qui se sont lancées dans des « courses à l’écrou » effrénées. C’était à qui visserait le plus vite. Si, de manière assez naturelle, les enfants restent entre eux, ils ne protestent pas quand on les « mélange ». C’est quand même l’objectif ! Entre Lucas et Charlotte, la coopération s’est mise en place, tout comme entre Romane et Evan. Ils étaient très fiers de leurs réalisations. Et nous aussi.

« Charlotte semble bien apprécier ces moments de rencontre et de partage du mercredi, se réjouit Carole, elle a parfaitement intégré le changement d’emploi du temps. La fabrication d’un  abri à abeilles avec Lucas fut un agréable moment de partage entre deux enfants différents mais complices, ainsi qu’entre nous: les mamans. »

A quelques mètres des fabricants d’abris pour les abeilles, officiaient les concepteurs de maisons pour coccinelles. L’activité consistait à peindre des pots en terre cuite, destinés à héberger les coccinelles. Une activité plus simple à réaliser pour Camille ou Alexandre. Avec Jérémy, Lucas, Clémentine (la grande sœur de Romane) et Marius (le petit frère de Camille), avec précision et minutie… ou flou artistique. Cette activité a retenu leur attention. Même si les manteaux et les animateurs ont aussi été peints !

Si les activités peuvent paraître simples à la plupart des enfants, il s’agit d’un vrai challenge pour les autistes. Comme l’explique Virginie, maman de Camille :

« Elle a une attention réduite qui est rééduquée sur des activités où l’on va travailler l’attention, la durée des activités qui va être augmentée progressivement… et se disperse très vite plus il y a de stimulations autour (sonore, visuelle, nombre de personnes…). »

L’autisme est un trouble neurodéveloppemental marqué par des altérations de la communication, les interactions sociales et les comportements restreints et stéréotypés. Il affecte tous les domaines de développement qu’il va falloir stimuler et rééduquer un à un, avec des formes très variables d’une personne à une autre sur les plans attentionnels, sensoriels, moteurs et cognitifs. A ceci, s’ajoute pour beaucoup d’entre eux des troubles associés (épilepsie, Trouble Déficitaire de l’Attention avec hyperactivité, troubles génétiques…).

Des parents attentifs… Et énergiques

En marge des activités et des cache-cache improvisés dans le labyrinthe, les liens se nouent.

« Je ressens que ces moments permettent à Alexandre de s’ouvrir socialement aux autres enfants et cela est vraiment formidable, témoigne Véronique. Il a repéré également des endroits où il aime aller seul (vers les toilettes par exemple ) ou en groupe au sein du labyrinthe. J’ai trouvé aussi très intéressant ce moment vers la fin de la séance où les enfants se sont tous retrouvés dans le labyrinthe, ce lieu « interdit » (sous-entendu par les parents) pour se créer des aventures ensemble comme vouloir se cacher par exemple. Pour les enfants, c’était un véritable jeu et donc un bel exemple du vivre ensemble. »

Même rapprochement pour les parents. Pilar (la maman de Lucas) et Nancy (la maman de Jérémy) échangent. En cette veille de la journée mondiale de l’autisme, Pilar a vu le reportage « Autistes : une place parmi les autres ? » et on perçoit qu’elle y a été plus sensible que si elle l’avait visionné il y a encore quelques mois. Une discussion au cours de laquelle Nancy explique son quotidien avec Jérémy : gérer ses allers-retours en taxi entre l’école, l’association D’une rive à l’autre et l’IMP (institut médico-pédagogique) et ses déplacements à elle pour l’amener chez l’orthophoniste ou chez le pédopsychiatre, son travail… Mais surtout, ce sont les progrès de son fils qu’elle évoque. Avec fierté. Comment une relation est née entre elle et son fils – c’est justement le moment que le petit garçon choisit pour venir mettre des fleurs dans les cheveux de sa mère, un geste de tendresse qui n’a pas toujours existé – grâce aux stimulations dont il a bénéficié. Elle confie qu’elle a été critiquée pour avoir « imposé » à son fils des déplacements, la multiplication d’intervenants, l’acharnement, même, devine-t-on derrière ses mots… Et pourtant, elle pense que c’est tout cela qui a joué un rôle dans les progrès de son fils. Elle a ces mots touchants : « mon fils est en train de sortir de l’autisme ». Elle nous explique, par ailleurs, que l’autisme n’est pas une maladie, mais entraîne un mode de communication différent.

« Imaginez que vous demandiez des choses aux gens qui vous entourent et que personne ne comprenne. C’est exactement ce que ressentent les autistes. » Nancy, la maman de Jérémy.

Jérémy et sa maman : une intéraction qui n'existait pas il y a quelques années...

Jérémy et sa maman : une interaction qui n’existait pas il y a quelques années…

Ce qui nous conforte dans notre action : aller au-delà du langage pour créer des liens entre nos abeilles et nos coccinelles.

L’après-midi se termine avec un petit rafraîchissement au beau milieu d’une quinzaine de « s’il te plaît », « je peux avoir un coca ? »,  « merci »… Qui a dit qu’on ne parlait pas ici ?

 Notre rencontre en images

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Un commentaire pour Le 1er avril, un poisson s’invite parmi les coccinelles et les abeilles

  1. Magnifique initiative. Les enfants sont beaux et heureux MERCI

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